Le nucléaire, outil de pointe pour la médecine
PRISME - Le journal de la recherche UNICAEN - n°21 juin 2026
Le nucléaire est au cœur de nouvelles approches thérapeutiques en oncologie, proposant des stratégies plus ciblées et personnalisées. Les recherches en physique nucléaire menées au LPC Caen contribuent au développement de cette médecine de précision.
VERS DE NOUVELLES APPROCHES EN RADIOTHÉRAPIE
Le centre Cyclhad, le centre de lutte contre le cancer François Baclesse et l’université de Caen Normandie développent, avec le soutien de la Région Normandie, une expertise rare en France dans le domaine de l’hadronthérapie. « Contrairement à la radiothérapie conventionnelle par rayons X, qui utilise des faisceaux de photons pour irradier et détruire les cellules cancéreuses, l’hadronthérapie s’appuie sur des faisceaux de particules lourdes, comme les protons, explique Marc Rousseau, professeur en physique nucléaire. Les protons délivrent l’essentiel de leur énergie directement au niveau de la tumeur visée, ce qui permet d’administrer un pic d’irradiation très important tout en préservant les tissus sains adjacents. » Cette approche sélective, d’une précision millimétrique, se révèle particulièrement indiquée pour traiter des tumeurs résistantes aux traitements conventionnels ou
situées à proximité d’organes sensibles. En France, seuls trois centres disposent aujourd’hui de ces équipements de haute technologie – Nice, Orsay et Caen. Le centre Cyclhad, dédié au traitement et à la recherche en hadronthérapie, a accueilli ses premiers patients et patientes en 2018.
Les travaux en physique nucléaire trouvent ici des applications concrètes. « Une partie des recherches menées au LPC Caen concerne la mise au point d’instruments capables de contrôler, en temps réel, la bonne administration des traitements : l’objectif est de concevoir des outils de dosimétrie permettant de mesurer avec exactitude les doses de rayonnements reçues », souligne Marc Rousseau.
En septembre 2025 ont débuté, au centre Cyclhad, les travaux d’installation d’un nouvel accélérateur de particules multi-ions. « Cet équipement est unique en France : on n’en compte que trois en Europe – en Allemagne, en Italie et en Autriche – et une vingtaine dans le monde. » Sa mise en service, prévue pour 2028, permettra d’élargir les stratégies thérapeutiques grâce à l’utilisation d’ions carbone et d’ions hélium.
UNE RECHERCHE NOURRIE PAR DES EXPERTISES MULTIPLES
« Nos travaux visent à développer des dispositifs innovants garantissant l’efficacité, la qualité et la sécurité des traitements – de la planification jusqu’au suivi, poursuit Marc Rousseau. Ils s’inscrivent dans une réalité clinique : c’est pourquoi nous travaillons en étroite collaboration avec des biologistes, des chimistes et des cliniciens. » Fort de son expertise en physique nucléaire, le LPC Caen est associé aux recherches pré-cliniques en cours pour élaborer de nouveaux protocoles d’irradiation. Ces études sont notamment conduites au GANIL, qui dispose d’une plateforme dédiée à l’irradiation de modèles biologiques. Pour les biologistes, ces études visent à mesurer l’effet des rayonnements sur les cellules tumorales et sur les tissus sains : tout l’enjeu consiste à analyser l’efficacité thérapeutique et à identifier les mécanismes susceptibles d’induire d’éventuels effets secondaires. « Il s’agit d’évaluer la balance bénéfices-risques, afin de définir les protocoles de soin les plus adaptés. » Une étape clé pour renforcer le potentiel de ces thérapies innovantes et les rendre toujours plus précises, efficaces et sûres.
LPC Caen
LABORATOIRE DE PHYSIQUE CORPUSCULAIRE DE CAEN
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