RELANCE DU NUCLÉAIRE : LA RECHERCHE ET LA FORMATION AU CŒUR DES ENJEUX

PRISME - Le journal de la recherche UNICAEN - n°21 juin 2026

La relance du nucléaire et le développement des technologies associées nécessitent de renforcer l’offre de formation afin de répondre aux besoins croissants du secteur. Dans le même temps, l’accélération de la recherche et de l’innovation apparaît essentielle pour accompagner ces mutations. Le point avec Yves Lemière, enseignantchercheur en physique nucléaire.

QUELLES SONT AUJOURD’HUI, À L’UNIVERSITÉ DE CAEN NORMANDIE, LES GRANDES THÉMATIQUES DE RECHERCHE EN PHYSIQUE NUCLÉAIRE ?

Depuis sa création en 1947, le LPC Caen mène des recherches fondamentales et appliquées, en lien étroit avec le Grand accélérateur national d’ions lourds (GANIL) et le Centre de recherche sur les ions, les matériaux et la photonique (CIMAP). Au fil des années, nos activités se sont diversifiées avec une ouverture vers de nouvelles thématiques, telles que l’étude des neutrinos ou des ondes gravitationnelles. Ces travaux s’inscrivent dans des collaborations internationales d’envergure, à l’image du projet KM3Net dédié à la détection des neutrinos, qui réunit 350 scientifiques issus de 68 instituts de recherche à travers le monde.
Le laboratoire développe une expertise reconnue dans l’étude de la réactivité des réacteurs nucléaires de nouvelle génération, ainsi que dans la conception d’instruments de mesure pour la médecine nucléaire et les traitements par hadronthérapie. Nous menons également, dans le cadre du projet Spatial applications at Ganil (SAGA), des tests d’irradiation sur des composants embarqués à bord des satellites. Les systèmes électroniques étant particulièrement sensibles aux rayonnements cosmiques, ces travaux sont nécessaires pour veiller au bon déroulement des missions spatiales. Ce projet s’appuie sur la plateforme Normandie Accélérateurs, qui s’adresse aux industriels du spatial, de la défense et du nucléaire : elle permettra de simuler, au plus près des conditions réelles, les différents types de rayonnements rencontrés dans l’espace et susceptibles d’endommager les systèmes électroniques des engins spatiaux.

EN QUOI LE PROJET CAESAR VIENT-IL RENFORCER CETTE DYNAMIQUE ?

CaeSAR, lauréat de l’appel à projet ExcellencES, vient consolider les forces qui font la spécificité de l’université de Caen Normandie : c’est dans ce contexte qu’a été créé le Centre de physique nucléaire, regroupant le LPC Caen, le CIMAP et le GANIL. Ce rapprochement permet de dynamiser des collaborations de recherche sur les nouvelles installations de SPIRAL2 au GANIL, dans les domaines de la physique nucléaire fondamentale, mais aussi de l’énergie nucléaire et des applications interdisciplinaires. Pour accompagner cette montée en puissance, deux chaires en physique nucléaire ont été créées : elles ont permis d’attirer un chercheur et une chercheuse de haut niveau. Le Centre de physique nucléaire organise aussi des écoles d’été pour favoriser les échanges scientifiques, et propose des bourses destinées à attirer des étudiants et étudiantes vers notre graduate school et nos formations doctorales.

COMMENT LE PROJET 3NC RÉPOND-IL AUX BESOINS CROISSANTS DE LA FILIÈRE NUCLÉAIRE ?

La relance du nucléaire, annoncée en 2022, a ouvert de nouvelles perspectives pour l’enseignement et la formation. Cette année-là, la Région Normandie a répondu à l’appel à manifestation d’intérêt Compétences et métiers d’avenir, avec le projet Normandie nucléaire nouvelles compétences (3NC). L’université de Caen Normandie coordonne deux axes majeurs : la densification de l’offre de formation et la professionnalisation.
Elle propose aujourd’hui un large éventail de formations de la licence au doctorat, accessibles en formation initiale, continue et en alternance. Trois parcours de master sont disponibles : Contrôle de l’environnement industriel ; Noyaux, atomes, collisions, adossé au programme d’excellence européen Nucphys et à la graduate school Normandy Nuclear Physics (N2P) ; et Radioprotection, qui est co-accrédité avec l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN). Et ce n’est pas tout : cette offre est appelée à s’enrichir, avec de nouveaux parcours en préparation pour répondre aux besoins croissants du secteur.

Parallèlement, l’université de Caen Normandie joue un rôle structurant à l’échelle régionale, en coordonnant le réseau Grand Ouest des Personnes compétentes en radioprotection (PCR). Dans un contexte de développement de l’industrie nucléaire, la formation, la montée en compétences et la mise à jour des connaissances apparaissent plus que jamais essentielles. L’établissement s’inscrit pleinement dans cette dynamique en proposant une offre cohérente et adaptée aux évolutions du secteur.

QUELLES SONT LES PERSPECTIVES À VENIR ?

Cette dynamique se concrétise notamment par la construction d’une halle technologique dédiée à la recherche et à la formation en physique nucléaire. Le site, qui verra le jour à l’horizon 2031, regroupera le laboratoire LPC Caen, des plateaux techniques, des salles d’enseignement ainsi que des espaces mutualisés pour accueillir des partenaires industriels.
En sous-sol, un bunker abritera les systèmes d’irradiation, dont un générateur de neutrons. Cette halle technologique, sans équivalent en France, réunira des expertises et équipements en un même lieu pour favoriser les échanges et les collaborations. Soutenu par la Région Normandie, la Communauté urbaine Caen la mer et le Département du Calvados, ce pôle constitue une étape décisive dans la structuration de la filière nucléaire normande.

LPC Caen

LABORATOIRE DE PHYSIQUE CORPUSCULAIRE DE CAEN

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